SGANARELLE, LÉANDRE.
LÉANDRE.- Il me semble que je ne suis pas mal ainsi, pour un apothicaire : et comme le père ne m’a guère vu, ce changement d’habit, et de perruque, est assez capable, je crois, de me déguiser à ses yeux.
SGANARELLE.- Sans doute.
LÉANDRE.- Tout ce que je souhaiterais, serait de savoir cinq ou six grands mots de médecine, pour parer mon discours, et me donner l’air d’habile homme.
Voir comique théâtre: Non! Oui! etc...
SGANARELLE.- Allez, allez, tout cela n’est pas nécessaire. Il suffit de l’habit : et je n’en sais pas plus que vous.
LÉANDRE.- Comment ?
SGANARELLE.- Diable emporte, si j’entends rien en médecine. Vous êtes honnête homme : et je veux bien me confier à vous, comme vous vous confiez à moi.
LÉANDRE.- Quoi, vous n’êtes pas effectivement...
SGANARELLE.- Non, vous dis-je, ils m’ont fait médecin malgré moi . Je ne m’étais jamais mêlé d’être si savant que cela : et toutes mes études n’ont été que jusqu’en sixième. Je ne sais point sur quoi cette imagination leur est venue : mais quand j’ai vu qu’à toute force, ils voulaient que je fusse médecin, je me suis résolu de l’être [...]... et chacun est endiablé à me croire habile homme. On me vient chercher de tous côtés : et si les choses vont toujours de même, je suis d’avis de m’en tenir, toute ma vie, à la médecine. Je trouve que c’est le métier le meilleur de tous![...] Un cordonnier en faisant des souliers, ne saurait gâter un morceau de cuir, qu’il n’en paye les pots cassés : mais ici, l’on peut gâter un homme sans, qu’il en coûte rien. Les bévues ne sont point pour nous : et c’est toujours, la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession, est qu’il y a parmi les morts, une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde : jamais on n’en voit se plaindre du médecin qui l’a tué.
LÉANDRE.- Il est vrai que les morts sont fort honnêtes gens, sur cette matière.
SGANARELLE, voyant des hommes qui viennent vers lui .- Voilà des gens qui ont la mine de me venir consulter. Allez toujours m’attendre auprès du logis de votre maîtresse.